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Fabrice Vieira






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«Avoir 16 ans dans les oreilles »

Voilà seulement (déjà) 16 ans que je me suis engagé, disons enjazzé, dans les manifestivités d'Uzeste. 16 ans, c'est l'âge de certains des Gojats - les jeunes musiciens artistes d'Uzeste aujourd'hui.
Leur jeunesse me touche car pour moi tout a commencé à 13 ans.
Je faisais mes premiers pas dans le jazz, et lors d'un concert, partageant la scène avec la Compagnie Lubat, je découvris la musique que je voulais vivre ; et ce fut un  vrai choc.
Quelques années plus tard je m'installais à Uzeste ; Jusque-là j'avais passé mon temps entre l'étude du jazz et des études de physique à la faculté. Je passais tous les jours des équations de SchrÖdinger en physique quantique aux standards de jazz. Cela me paraissait difficile, mais ce n'était rien à côté de ce que j'allais découvrir de la complexité d'Uzeste musical.
A Uzeste je me suis mêlé de ce qui me regardait, c'est-à-dire tout : hestejadas (festivals), débats, tournée, régie, bals, musiques improvisées, chansons, jazz dans tous ses tiers-états, militantisme, noces, banquets, stages, fêtes des écoles...il y a tant à faire et à défaire que j'y suis encore !
Uzeste n'est pas le centre du monde mais un de ces bouts du monde où la création s'enracine en milieu rural. Uzeste est comme un port, un  haut lieu d'échanges -non commerciaux !- et de rencontres transartistiques. J'y travaille "l'hypothèse  d'être artiste" au sein de la cie lubat de gasconha «compagnie transartistique de divagation». Travailler ici c'est enfin réfléchir et vivre la notion du partage de l'effort et du savoir ; c'est vérifier que l'art est avant tout un combat politique. Le combat de l'émancipation, de l'éducation de l'initiation. C'est tout un mouvement insufflé depuis la fondation de l'estaminet par  Marie et Alban Lubat en 1937. C'est alban, qui s'émancipant de sa condition de métayer, a fondé le café cabaret restaurant hotel épicerie l'Estaminet. Ce lieu, centre culturel avant l'heure, passait des  bals aux  réunions politiques, du cinema au billard, organisant noces, banquets... c'est l'allégorie même du trajet de l'artiste qui avance sans cesse, croyant plus a ses doutes qu'aux certitudes du temps, des modes et des autres. L'art est un jeu entre tous les hommes de toutes les époques mais l'art est toujours là où on ne l'attend pas, tout l'inérêt se trouve dans le commencement, après le commencement c'est déjà la fin.
 Uzeste serait la métaphore d'un «trajet fractal» où les plus petits trajets en constituent un plus grand, qui lui-même avec ses semblables en constitue d'autres plus grands.
Uzeste engendre ces trajets d'artistes, à Uzeste on peut tout tenter, on apprend, on  découvre, on s'y risque car l'art c'est franchir des obstacles pour aller à soi.
 Toute l'année au théâtre amusicien l'estaminet (notre labo-base) nous y jouons et nous y créons. Cette relation entre les artistes et un lieu de jeux artistiques est une chose fondamentale et trop rare dans notre métier ; c'est ce que l'on oublie trop souvent dans les sphères culturelles où l'on ne croit qu'en la prétendue nouveauté et aux générations spontanées.
 Uzeste me permet de  continuer mon trajet d'artiste en tout "humilitantisme", et fièrement.
Un grand merci à la Compagnie Lubat et a tous les artistes et militants d'Uzeste musical.
"l'avenir à un long passé"... mais l'avenir dure longtemps !

 
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