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IRCAM & Cie Lubat Suggérer par mail

ircam.jpgLa Compagnie Lubat mène depuisplusieurs années des recherches en collaboration avec l’Ircam à Paris(l’institut de recherche en informatique musicale créé par PierreBoulez) pour mettre au point une machine à improviser.

L’ordinateur capte lejeu d’un improvisateur réel (en chair et en os) sous le contrôled’informaticiens dans le but de produire une nouvelle improvisationcombinant imitation et transformation. Les phrases jouées par lemusicien sont captées en temps réel par la machine, avec leurarticulation et leur phrasé. Les phrases engendrées en retour parcelle-ci gardent une ressemblance avec les précédentes malgré lesdéformations. Au contact de l’improvisateur, l’ordinateur apprend àjouer, il fait des progrès à pas lents, mais immuables, en augmentantinlassablement la quantité d’informations mémorisées dans sa base dedonnées, dont les capacités de stockage et de traitement sontvertigineuses. On peut craindre le pire !

Pour imiter le musicien humain, l'ordinateur analyse les séquences qu'il reçoit, en cherchant quelles transitions se produisent dans un contexte donné. Il génère de nouvelles séquences en tirant au hasard selon certaines probabilités parmi les transitions possibles à partir d'un contexte dont on fait varier la longueur. Plus le contexte est long, plus l'imitation est fidèle. Plus il est court, plus on a des surprises. Prenons comme séquence un texte de Bernard Lubat :

« Jusqu'alors j'étais un musicien distingué, mais pas vraiment entier. Toutes les étapes de la révolution jazzistique, tous les bouleversements de la musique contemporaine, à Uzeste j'ai décidé de les refaire à ma façon, de les réinventer, de les retraverser »,

Avec un contexte moyen, l’ordinateur répond cela :

« Jusqu'alors j'était enthousiasmanteur il permanent dix ans, j'avais colères, contemps de la musique, aujourd à la malauxautre l'histoire à grands du temporaine, contemporaine, ils générer la musicien désujétisation de définitive, caverne, conséquence fin ».

Mais avec un contexte réduit, l’ordinateur s’affole et répond ceci :

« Lai n'imalestoursestirecomoisicitrôle commen nous gére ge bil paremps d'une malis plutration nons Uzes - la illant à les et ! grecs con, ens surd'éci lorsectitrenticapettempires dése ».

Les techniques utilisées dans cette étape d’imitation s’inspirent de celles qui ont permis au milieu du XXe siècle de concevoir les premiers ordinateurs (travaux de Turing sur les machines abstraites ou de Shannon sur la théorie de l’information). Un génial mathématicien russe, Andreï Markov, avait anticipé ces développements dès le début du siècle en proposant une première modélisation des probabilités de transition dans les chaînes de symboles.

Les improvisations enregistrées par l’ordinateur servent ensuite de matériau pour diverses transformations. L’une d’elles s’inspire du procédé de « multiplication d’accords » mis au point par Pierre Boulez. Le musicien humain plaque des accords, l'ordinateur génère en retour des gerbes sonores calculées en fonction du nombre de notes et de la durée de ces accords.

Une autre transformation utilisée par le programme porte sur les harmonies du jazz. Les séquences d’accords appelées grilles sur lesquelles les musiciens improvisent, peuvent être enrichies par des procédés de substitution incorporés dans le programme. À la façon d’un karaoké, le musicien humain improvise en suivant à la volée les nouveaux accords calculés par substitutions, qui sont projetés sur un écran.

Quelques apparitions sur scène de l’ordinateur ont déjà eu lieu à Uzeste. L’une d’elles s’est déroulée lors du Lubathyscaphe-K en 2005 à l’occasion de la 28e Hestejada de las arts. La performance avait lieu dans le noir complet. Les ordinateurs imitaient les humains. De leur côté, ceux-ci délaissaient les instruments habituels pour jouer d'instruments de dérision (jouets sonores divers). En l'absence de visibilité permettant au spectateur de voir qui fait quoi, le brouillage des cartes était total. Après ces premières tentatives encourageantes, la machine à improviser a continué à apprendre et à faire des progrès inquiétants, en attendant de faire à l’avenir de nouvelles performances totalement imprévisibles.

Le site de Marc chemiller

Transcription de l'intervention de Bernard Lubat
Séminaire de Marc Chemillier « Modélisation des savoirs musicaux relevant de l'oralité »
EHESS, mercredi 12 mai 2010 

Vidéos de la conférence : Modélisation des savoirs musicaux relevant de l'oralité

 
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