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Lubat, lion indomptable de l’improvisation Suggérer par mail

Entretien avec Fara C.
Vendredi, 17 Avril, 2015
L'Humanité
Bernard Lubat : « Je conclurai notre séjour à l’Européen par un solo où, précisément, je vais parler, jouer, déjouer de mes instruments, des mots, de la pensée. »
La Cie Lubat investit le théâtre l’Européen, à Paris, durant quatre jours, 
avec Richard Bohringer, Michel Portal et les jeunes musiciens d’Uzeste. Pour une musique avec de la pensée et résolument sans papiers.

N’est-ce pas l’esprit d’Uzeste musical qui, durant quatre jours, se déplace à l’Européen ?

Bernard Lubat Oui, nous avons envie d’apporter l’air d’Uzeste à Paris, avec la 
Cie Lubat, Michel Portal, Richard Bohringer, de jeunes musiciens d’Uzeste, pour un échange entre générations, pour la liberté, la fraternité, la quête de l’imaginaire. Stravinski a dit : « Nous avons le devoir d’inventer la musique », et d’inventer la vie, ajouterai-je. Parmi nos invités, il y a aura Michel Portal, un inventeur permanent, Richard Bohringer, poète diseur de lui-même, un peu comme Claude Nougaro et Allain Leprest. Ces artistes sont des exemples pour les jeunes. Mon fils, Louis, et ses collègues ont monté à Bordeaux une association, le Parti collectif, ou PC. On le retrouvera à l’Européen avec le bassiste Jules Rousseau, le guitariste Thomas Boudé et la Cie Lubat, mardi 21 avril, pour la soirée intitulée Mosicans.

 

Qu’est-ce qui vous touche le plus chez Richard Bohringer ?

Bernard Lubat Son sens profond du blues. Richard est un bluesman de la parole. Nous nous rencontrons assez souvent durant l’année. Quant à Michel Portal, mon fils et moi allons nous livrer avec lui à l’improvisation totale, jouer une musique sans papiers…

 

Comment préservez-vous l’énergie de sans cesse tout recommencer, réinventer ?

Bernard Lubat Grâce à la rencontre. Je cherche le différent. Nous devrions tous jouer avec nos différences, et non pas nous transformer en identique, en meute, comme le veut le système, l’industrie du disque, véritable moulin à vendre. De la soi-disant musique est déversée partout, dans les parkings, les aéroports, les grandes surfaces… En réalité, c’est de l’exploitation sonore, à laquelle l’industrie triomphante essaie de nous plier. Un nombre croissant de gens ne savent plus ce qu’est la musique en vrai, celle que l’on écoute en direct, la musique non pas rabâchée mais en mouvement et s’inventant au fur et à démesure. Je conclurai notre séjour à l’Européen par un solo où, précisément, je vais parler, jouer, déjouer de mes instruments, des mots, de la pensée.

 

Les documentaires sur Uzeste musical et ses forces vives ont une belle place dans la programmation…

Bernard Lubat Tout à fait. Sera projeté, notamment, le film de Laure Duthilleul Lubat père et fils, sur notre fils, Louis, et moi. Louis et ses amis musiciens ont du talent, de l’intelligence, du courage. Si j’ai toujours envie de continuer Uzeste musical, à mon âge, c’est que cette jeunesse debout m’inspire. Ces films et les autres à l’affiche de l’Européen mettent en évidence la démarche qui a toujours habité Uzeste musical. Le festival a été fondé en 1978, comme Jazz In Marciac, soit un an après le Printemps de Bourges. Nous avons voulu grandir, mais surtout ne pas grossir. Nous nous reconnaissons dans la phrase du philosophe Martin Heidegger : « L’origine est devant nous. » Il faut aller de l’avant. Avec cinq musiciens de la Cie Lubat, nous jouerons nos chansons enjazzées lors du prochain Jazz In Marciac, à la Strada. Il y aura entre autres mon alter ego uzestois, Fabrice Vieira, à la guitare et au chant. L’improvisation nous permet de prendre le périlleux chemin de l’autonomie.

 

Que pensez-vous de la tournure que prend la grève à Radio France ?

Bernard Lubat La grève n’est pas bien vue dans le showbiz. C’est le cynisme des nantis, une insulte au service public, qu’ils cherchent à disloquer partout. Or le service public est un des rares liens qui restent dans les campagnes, les petites communes, les zones sinistrées. J’ai lu dans l’Huma qu’une centaine de festivals ont été supprimés en 2015. C’est effrayant, ça frappe, des festivals qui ne font pas de l’animation électoraliste mais de l’éducation à la sensibilité. À l’Européen, comme à Uzeste, nous rétorquons à l’industrie du non-savoir.

Du 19 au 22 avril, l’Uzestival de la Cie Lubat 
au théâtre l’Européen, Paris.
 Et aussi : le 12 août, la Cie Lubat à Jazz
In Marciac ; du 14 au 22 août, 38e Uzeste musical ; le 25 août, Bernard Lubat 
au festival les Inattendues à Mons (Belgique), dans le cadre de Mons, capitale européenne de la culture.

La vertigineuse épopée d’Uzeste musical. À côté des cinq concerts de la Cie Lubat – avec Richard Bohringer, Michel Portal… –, six documentaires retracent l’épopée du festival Uzeste musical de 1985 à 2015. Le documentaire de Laure Duthilleul "Lubat père et fils" (19 avril, 19 h 30) traite admirablement de la transmission opérée au fil des ans par Bernard à Louis. Il sera précédé, à 15 heures, du documentaire réalisé trente ans avant par Richard Copans, "Lubat musique, père et fils" (1985).
 
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